YHWH

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Le Tétragramme YHWH () est un mot hébraïque composé des quatre consonnes y (), h (), ww () h (), de valeur guématrique 26. Souvent présenté comme le nom hébreu de Dieu, ce mot est une forme verbale conjuguée de la racine trilitère ' hyh équivalente au verbe être du françaisShmuel Bolozky, 501 hebrew verbs fully conjugated, page 149.. Le Tanakh (la Bible hébraïque) rapporte que l'expression de ce verbe fut entendue par Moïse au sommet du mont Horeb dans le désert du SinaïLivre de l'Exode (Chemoth) au chapitre 3, dans la Bible massorétique bilingue traduite en français sous la direction du Grand-Rabbin Zadoc Kahn, pages 107 et 108..
 
Ce nom n'est pas prononçable pour le judaïsme. Le christianisme, en revanche, l'a transcrit et prononcé de différentes manières, puis l'Église catholique a décidé en 2008 de le remplacer par l'appellation « le Seigneur ».

Étymologie et origine :

Le Tétragramme YHWH est, de l'avis général des grammairiens juifs du Moyen Âge, conforté par celui de Baruch Spinoza, une flexion verbale artificielle de la racine trilitère '', HYH (« être » ou « devenir »). Cette racine prend, à la troisième personne du masculin singulier, la forme hâyâh à l'aspect accompli (il a fini d'être), et la forme yiheyèh à l'aspect inaccompli (il se prépare à être). Elle donne le participe présent hôwèh au masculin et hôwâh au féminin. Louis Segond traduit par l'Éternel.
 
André Chouraqui transcrit IHVH plutôt que YHWH, et dans les milieux de langue allemande on écrit JHWH.
 
D'autre part, Henri Meschonnic indique que le Tétragramme aurait en partie à voir avec le nom d'une divinité sémitique plus ancienne, Yah''Il s'appuie sur le fait que (Yah - ou Jah dans les transcriptions alemandes) est une graphie synthétique qu'on retrouve plusieurs fois dans le Pentateuque (cf. ainsi ) en lieu et place de YHWH ; préface de Gloires, Desclée de Brouwer.
 
L'explication du Tétragramme par la Bible elle-même se trouve en (épisode du
Buisson ardent). Moïse dit à Elohim : « Voici, je vais trouver les Israélites et je leur dis : "Elohim de vos pères m'a envoyé vers vous." Mais s'ils me disent : "Quel est son nom ?", que leur dirai-je ? Elohim dit à Moïse : "Je suis ce que je suis" (Ehyéh Acher Ehyéh ) Et il dit : "Voici ce que tu diras aux Israélites : mot à mot "Je serai qui je serai" ou, plus métriquement, "que je sois qui je serai" (Ehyéh) m'a envoyé vers vous." » traduction dite « de la Bible de Jérusalem ». L'expression est rendue par « Je suis celui qui suis » dans la traduction due à Louis Segond et par « Je suis qui Je serai » dans la TOB. La Bible du Rabbinat traduit elle par « Être invariable », ce que regrette Meschonnic Henri Meschonnic, op.cit disant qu'il s'agit d'une contamination du Theos grec de la Septante.

Prononciation :

Interdit de prononciation directe et noms substitués dans le judaïsme :

Les Juifs s'imposent une interdiction de prononcer le Tétragramme, fondée sur le troisième commandement : « Tu n'invoqueras pas le Nom de YHWH ton Dieu en vain ». Quand le lecteur rencontre le Tétragramme dans les Écritures hébraïques, d'autres expressions doivent lui être substituées à l'oral, le plus souvent Adonaï (, « Mon Seigneur »), de temps en temps Elohim ("Puissances")´Èlohim est le pluriel de révérence de ´Èl, nom commun désignant la divinité (= "dieu" avec une minuscule.). Cette substitution se nomme le Qéré permanent et explique les points-voyelles utilisés dans les transcriptions modernes du Pentateuque : e-o-a quand il faut lire Adonaï, e-o-i quand il faut lire Elohim. Dans la conversation on utilise de préférence haChem ("le Nom" - cf. Lévitique 24:11). A l'école, on utilise aussi "Eloqim" Lors des bénédictions, à la synagogue ou à la table familiale, les participants saluent la prononciation d'Adonaï par la révérence "Baroukh ouBaroukh Chemo" (Béni, Béni deux fois soit son Nom")..
 
Pour ces deux raisons la prononciation exacte du Tétragramme, à supposer qu'elle soit possible, demeure incertaine. L'incertitude ne porte pas sur les consonnes, mais évidemment sur la place et le type des voyelles.
 
L'incertitude porte également sur lexistence de cette prononciation. Joel M. Hoffman, par exemple, dans In the Beginning, soutient que le Tétragramme n'a jamais eu de prononciation. Mais la plupart des hébraïsants sont d'un avis contraire. Ils s'appuient entre autres sur les noms théophoresNoms propres comportant une référence à la divinité - le plus souvent au Tétragramme., comme Juda (Yehouda), et les chapitres du Pentateuque contenant le Tétragramme. En particulier un passage couramment appelé Le songe d'Isaïe, dont la prosodie et les assonances en "O" et "OU" suggèrent une prononciation usitée à l'époque de la rédaction du texte, c'est à dire avant l'interdiction comme le signalent nombre de nom théophores composés avec le tétragrammegénéralement considéré comme l'un des plus anciens du corpus biblique, rédigé vers le VIIIe siécle avant l'ère commune. Thomas Rohmer et alii, Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides.
 
Dans l'hébreu biblique on n'inscrivait pas les voyelles  ; le lecteur devait reconstituer ou ajouter de mémoire (s'il était savant) les voyelles appropriées au contexte de la lecture. Ce furent les Massorètes qui créèrent au milieu du premier millénaire le système de notation actuellement utilisé pour transcrire les sons vocaliques (voir l'article diacritiques de l'alphabet hébreu).
 
Ce problème est longuement développé dans nombre d'ouvrages de Gaston Bardet, où ses recherches le mènent. La vocalisation donnée est I He Ou Ha dans une continuité des voyelles fondamentales de toute langue, ouvrant la bouche vers le A. Exemple : QaBaLa de joie, Kabbale de mort, p. 67. Dans Le trésor sacré d'IShRAËL (1970), l'auteur donne les détails sur les raisons de la disparition de la tradition de prononciation du tétragramme sacré et rapporte une vision mystique chrétienne, confirmant par d'autres voies la vérité prononçable de Dieu.

Prononciations dans le christianisme :

L'interdiction de prononcer le nom ne concerne pas seulement les juifs. Les chrétiens l'ont héritée de leurs origines. Depuis l'Antiquité, la liturgie chrétienne remplace le Nom par Kurios (en grec) ou Dominus (dans la Vulgate). Les Bibles protestantes quant à elles traduisaient par "l'Éternel".
 
Dès le Moyen Âge, « certains chrétiens qui lisaient la Bible dans sa version originale ont lu le nom de YHWH en lui appliquant la vocalisation du terme Adonaï et obtenu ainsi le nom JéhovahGeoffrey Wigoder (dir.), Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Cerf-Laffont, coll. « Bouquins », 1996, article « Dieu, Noms de ». ». Ce nom, d'apparence scientifique et archéologique, est très contestable historiquement et théologiquementSelon André-Marie Gerard (Dictionnaire de la Bible, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1989, article « Noms de Dieu »), cette version « n'appartient à aucune langue... si ce n'est celles de Racine et de Victor Hugo ! ».. Cette version a été popularisée par Victor Hugo et par la traduction de la Bible de John Nelson DarbySelon Gérard Gertoux, auteur Témoin de Jéhovah ce nom se serait prononcé à l'origine Ihoua (Gertoux, Gérard, The Name of God)..
 
Cependant le catholicisme a utilisé de préférence la transcription « Yahweh » durant tout le , pour les éditions non liturgiques de la Bible, par exemple la Bible de Jérusalem ou celle du chanoine Crampon. Cette transcription a été préconisée par le linguiste allemand Wilhelm Gesenius (1786-1842). Toutefois, à la fin du , l'Église catholique est devenue de plus en plus réticente à l'égard de la transcription « Yahweh ». Elle a fini par y renoncer en 2008, à l'initiative du pape Benoît XVI.
 
En 2001, la Congrégation pour le culte divin a déclaré : « De plus, en se conformant à une tradition immémoriale, évidente déjà dans la Septante, le nom de Dieu tout-puissant, exprimé en hébreu dans le Tétragramme, et traduit en latin par le mot "Dominus", doit être rendu dans chaque langue vernaculaire par un mot de la même significationCurie romaine.. »
 
La même Congrégation a envoyé une lettre, le 29 juin 2008, aux conférences épiscopales, pour leur rappeler quon ne doit pas désigner Dieu par le mot « Yahweh ». En octobre 2008, le synode des évêques sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église a mis en pratique cette disposition de la Congrégation pour le culte divin en demandant « par directive du Saint-Père » qu'on n'emploie plus la transcription des quatre consonnes hébraïques, « le Tétragramme sacré », vocalisées en « Yahvé » ou « Yahweh », dans les traductions, les célébrations liturgiques, dans les chants, et dans les prières de l'Église catholique. Par respect pour le Nom de Dieu, pour la tradition de l'Église, pour le peuple juif, et pour des raisons philologiques, les catholiques ne doivent donc plus prononcer le nom de Dieu en disant «Yahweh »Article de Zenit, 24 octobre 2008.. Dorénavant, le Tétragramme est donc traduit par « le Seigneur »La Congrégation se réfère ici à la Vulgate, où saint Jérôme traduit le Tétragramme par le mot latin Dominus, « le Seigneur »..

Traditions et uvres liées au Tétragramme :

  • Mythe du Golem (la supputation d'une prononciation exacte du Tétragramme, et de ses effets de puissance - voire de ses effets "magiques" -, a beaucoup alimenté la production mystique. Le mythe du Golem en est une des nombreuses occurrences, popularisée à l'époque moderne par un roman de Gustav Meyrink)
  • « La mort et la boussole », nouvelle de Jorge Luis Borges dans le recueil Fictions (mise en scène d'une série de meurtres conçus en fonction du Tétragramme et ponctués par « La première lettre du Nom a été articulée », « La deuxième lettre du Nom a été articulée »...) ; L'Aleph, même auteur (reprise indirecte des thématiques de la "puissance" du nom divin).
  • L'Adversaire, roman policier d'Ellery Queen ("lecture" de quatre crimes sur le modèle de la "lecture" du Tétragramme)

Notes :

Voir aussi :

Bibliographie et liens Internet :

  • André Chouraqui, L'Univers de la Bible, Editions Lidis-Brépols, Turnhout / Paris, 1984.
  • , Un Historique du nom divin - Un Nom Encens, LHarmattan, Paris, 1999.
  • Volume La mystique juive de l'encyclopédie Mythes et Croyances du Monde Entier, Editions Lidis-Brépols, Paris, 1985.
  • Jean-Marc Rouvière, Brèves méditations sur la création du monde, L'Harmattan, Paris, 2006.
  • Baruch Spinoza, Abrégé de grammaire hébraïque, Librairie philosophique Vrin, Paris, 2006 (traduit du latin).
  • Henri Meschonnic, Gloires, Desclée de Brouwer, Paris, 2001.
  • José Seknadjé-Askénazi, "La philosophie de la grammaire", Les Nouveaux Cahiers n° 124, Paris, 1996.
  • La prononciation des noms divins et leur écriture chez les juifs sepharades, fichier PDF sur http://www.toratemet.net/site/detail/FAQ/faq.asp?depart_id=21292&category_id=1721&iPageNum=1&seaWord=&gadgetStyleBOO=#6147
  • Gilbert Dahan, L'exégèse chrétienne de la Bible en Occident médiéval, Le Cerf, Paris, 1999.