Virgile

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Virgile, en latin Publius Vergilius Maro (Andes, 15 octobre 70 - 27 septembre 19 av. J.-C.), est un poète et écrivain romain.

Biographie :

Il naît à Andes, près de Mantoue, en Gaule Cisalpine, sous le consulat de Crassus et de Pompée, dans une famille de petite bourgeoisie. Crassus et Pompée étaient à nouveau consuls lorsque, seize ans plus tard, en -54, le jour même, dit-on, où disparaissait Lucrèce, le jeune homme revêtit la toge virile. Tout un symbole, sans doute, bien que lempreinte de lauteur du De natura rerum sur luvre de Virgile soit probablement moins forte que celle de Catulle, son voisin de Vérone, dont il y a tout lieu de supposer quil le connut personnellement, ainsi que dautres poètes en vue, quil salue dans les Bucoliques, tels que Aemilius Macer (est-ce le Mélibée des Bucoliques ?), C. Helvius Cinna, du cercle de Catulle, L. Varius Rufus, futur éditeur de lEnéide, et Q. Horatius Flaccus (Lycidas dans la Buc. 9 ?), c'est Horace qui deviendra son intime au point de lintituler animae dimidium meae, « la moitié de mon âme ». De même lia-t-il très tôt amitié avec Quintilius Varus, le futur grand critique (voir Hor. Odes, I, 24), et Cornelius Gallus, qui allait fonder la poésie élégiaque romaine. Il fit des études approfondies dans les domaines les plus divers, lettres, philosophie, droit, médecine, mathématiques en particulier, dabord à Crémone, puis à Milan, ensuite à Rome, et enfin à Naples, auprès de maîtres prestigieux comme Siron et Philodème, lun et lautre de sensibilité épicurienne.
 
Cest sans doute durant la guerre civile (elle éclata quand il avait vingt ans) quil entra en relations avec Asinius Pollion, homme de lettres qui appartenait au cercle de Catulle et des « poètes néotériques », mais aussi figure politique importante et chef militaire qui avait pris parti pour Marc Antoine dans la rivalité qui opposa celui-ci à Octave, petit-neveu et héritier de Jules César, après les Ides de Mars. Pollion commandait plusieurs légions en Cisalpine lorsque Octave, au lendemain de la victoire de Philippes (-42), entreprit de déposséder en masse les paysans italiens afin de récompenser les légionnaires césariens. La guerre fit rage de nouveau, mais le parti des spoliateurs eut le dessus, et Pollion, en infériorité, dut se replier. Il semble que le domaine paternel de Virgile fut confisqué, et ses légitimes propriétaires faillirent même y laisser la vie (Buc. IX). Cependant les interprétations des Bucoliques varient.
 
Virgile mourut en -19 à Brindes. On dit qu'il eût voulu que l'on brûlât son Enéide après sa mort.

Bucoliques :

Le recueil paru en -37 se composait des neuf premières bucoliques harmonieusement disposées en deux groupes de quatre autour de la cinquième pièce comme autant de planètes gravitant autour dun astre. Cet astre, cest Daphnis, souvent assimilé à Jules César fraîchement assassiné, ce qui est sous-estimer gravement la subtilité virgilienne. En fait, la cinquième bucolique pourrait bien nous présenter deux « Daphnis », lun ténébreux, celui de Mopse (masque dOctavien), et qui figure en effet le feu dictateur, lautre lumineux, celui de Ménalque (masque de Virgile), qui représente Catulle, secrètement éliminé par le premier.
 
On ne peut quadmirer les impeccables proportions de ce petit « temple pythagoricien », pour reprendre la métaphore de P. Maury qui fut le premier à les mettre en évidence en 1944. Larchitecture la plus visible, qui donc équilibre les quatre premières pièces (83, 73, 111 et 63 vers = 330) par les quatre dernières (86, 70, 110, 67 vers = 333) autour du pivot central (90 vers), se redouble dune autre, plus secrète, qui les couple par cercles concentriques (I + IX ; II + VIII ; III + VII ; IV + VI), lesquels correspondent à des thèmes (malheurs des paysans expropriés ; tourments de lamour ; joutes poétiques ; élévation au niveau universel et cosmique) autant quà des formes (alternance de dialogues et de chants continus), et obéissent aux mêmes proportions numériques que dans la première architecture, soit : I + IX + II + IV (333 vers), face à III + VII + IV + VI (330 vers).

Géorgiques :

Ce poème ( - 28 av. J.-C.) didactique se divise en quatre livres (514, 542, 566, 566 vers), abordant successivement la culture des champs, larboriculture (spécialement la vigne), lélevage et lapiculture.
  • Livre I - blé et saison du laboureur
  • Livre II - vigne et olivier
  • Livre III - élevage du bétail
  • Livre IV - le rucher

 
Sinspirant surtout dHésiode, de Lucrèce et dAratos, mais aussi de Théophraste, de Varron, de Caton lAncien, voire dAristote, Virgile trace son chemin propre en infusant à lintérieur de la matière proprement didactique, souvent aride et ingrate en soi, ce que lon pourrait appeler « lâme virgilienne », faite dune extraordinaire empathie à légard de tous les êtres, qui anime linanimé, comprend de lintérieur végétaux et animaux, participe activement au travail à la fois pénible et exaltant du paysan. Les Géorgiques sont beaucoup moins un traité dagriculture (aussi ne visent-elles pas à lexhaustivité) quun poème sur lagriculture ; elles sadressent au moins autant à lhomme des villes quà lhomme des champs. Elles offrent à lamateur de poésie un plaisir sans cesse renouvelé, autant par leur sujet même qui ressource les Muses dans la fraîcheur et lauthenticité de la nature, que par le souffle qui les soulève de bout en bout, et par lextraordinaire variété de leur style. Virgile sait agrémenter son sujet dépisodes variés et de véritables morceaux de bravoure qui sont autant de « respirations » dans le poème. On peut citer les Pronostics de la guerre civile, lHymne au Printemps, lEloge de lItalie, lEloge de la vie champêtre, lEpizootie du Norique, le Vieillard de Tarente, Aristée et ses abeilles, Orphée et Eurydice.

Énéide :

Offrir à Rome une épopée nationale capable de rivaliser en prestige avec l'Iliade et lOdyssée, tel est le premier défi que Virgile avait à relever en entreprenant lEnéide au cours des 11 dernières années de sa vie. Mission réussie, puisque, luvre à peine publiée, son auteur fut communément salué comme un alter Homerus, le seul capable de disputer à Homère sa prééminence au Parnasse.
 
Virgile ne cache dailleurs nullement son ambition. Au niveau architectural le plus visible (car lEnéide fait jouer simultanément plusieurs « géométries »), le poème se compose dune Odyssée (chants I à VI : les errances dÉnée, rescapé de Troie, pour atteindre le Lavignum) suivie dune Iliade (chants VII à XII : la guerre menée par Énée pour sétablir au Lavignum).
 
Mais lémulation avec Homère se manifeste surtout par le nombre considérable des imitations textuelles, dont les critiques semployèrent très tôt à dresser la liste, cela quelquefois dans une intention maligne, et pour accuser Virgile de plagiat. À quoi celui-ci répliquait quil était plus facile de dérober sa massue à Hercule que demprunter un vers à Homère. Et de fait, loin quelle soit servile ou arbitraire, limitation virgilienne obéit toujours à une intention précise et poursuit un projet quil appartient au lecteur de découvrir à travers lécart, parfois minime, qui la sépare de son modèle, Homère ou lun des nombreux autres écrivains, tant grecs que latins, auxquels Virgile se mesure tout en leur rendant hommage. Ce jeu intertextuel presque illimité nest pas la moindre source de la fascination quexerça toujours lEnéide sur les lettrés.
 
Le second défi consistait à filtrer lactualité de Rome à travers le prisme de la légende. Deux fils sentrelacent constamment pour former la trame de lEnéide, celui des origines troyennes de Rome et celui de la Rome augustéenne. Plus dun millénaire sépare ces deux fils. Pour franchir un tel abîme temporel, et annuler en quelque sorte le temps, le poète, outre lusage systématique quil fait de lallégorie, ne sinterdit pas de recourir éventuellement à la prophétie, et peut même, au beau centre de luvre, descendre jusquaux enfers afin den ramener une vision panoramique, sub specie aeternitatis, de la grandeur romaine vue comme devant encore advenir.
 
Il fallait montrer comment, à partir de presque rien, Rome sétait élevée jusquà lempire du monde ; il fallait faire ressortir le dessein providentiel qui avait présidé à cette irrésistible ascension ; surtout, il fallait montrer comment, à travers la personne sacrée dAuguste, lHistoire venait trouver son achèvement et son couronnement dans une paix et un bonheur universels. Cest du moins ce quAuguste attendait, ou plutôt ce quil exigeait de lui.
 
Jacques Perret, dans sa préface de lEnéide, écrit « Le poème () devait dire cela précisément : la naissance de la paix, () après dhorribles guerres () Ce résultat serait luvre dun homme sage, pieux () Mais () une substitution décisive était intervenue. Le protagoniste du poème ne serait pas Octave Auguste mais Énée. » Le personnage dÉnée dissimule donc une seconde identité, celle du Princeps. Dès lors, toutes les descriptions du fils de Vénus étaient censées être des odes à Auguste. Mais pour sauvegarder sa liberté d'expression, Virgile avait recours à un système de double écriture, cacozelia latens, dont, selon M. Vipsanius Agrippa (Suét.-Don. Vie de Virgile, 185-188), il était l'inventeur.

Appendix Vergiliana :

La gloire de Virgile repose fermement sur ces trois piliers que sont les Bucoliques, les Géorgiques et lEnéide. Dans l'Antiquité, on lui attribuait également un certain nombre d'autres poèmes, que Scaliger, dans son édition de 1573, réunit sous le titre d'Appendix Vergiliana.
 
Ce recueil comprend :
  • le Culex ("Moucheron", "Moustique") : ce "Moucheron" ou "Moustique" alerte un berger en le piquant, lui sauve la vie ; l'insecte mort se voit honoré d'une tombe par le berger ;
  • les Dirae : ces "Malédictions" sont prononcées par un amant contre la terre qu'il a dû abandonner (chassé par des vétérans de l'armée romaine), en abandonnant sa bien-aimée ; celle-ci, Lydia, est honorée par un poème d'amour portant son nom (en annexe aux Dirae), avec un éloge de la campagne où elle vit ;
  • l'Aetna, consacré au volcan Etna ;
  • le Ciris : évocation de la métamorphose en oiseau (Ciris) de Scylla, fille du roi de Mégare ;
  • le Catalepton : recueil de poèmes courts, dont certains semblent être d'authentiques uvres de jeunesse de Virgile.

 
Dans une phase postérieure, on a encore ajouté à la collection :
  • la Copa : poème portant le nom d'une cabaretière syrienne qui invite un voyageur au plaisir en dansant devant son établissement ;
  • les Elegiae in Maecentatem : pièce nécrologique rapportant les dernières paroles de Mécène, bienfaiteur de Virgile, à l'empereur Auguste ;
  • le Moretum : poème gastronomique décrivant en détail la préparation d'un plat local de Cisalpine.

Postérité :

Ayant acquis l'immortalité littéraire grâce à l'Énéide, Virgile va influencer nombre d'écrivains du moyen-âge, de la renaissance (tel Ronsard, qui rédige la franciade inachevé dans la volonté de donner un équivalent français à l'Énéide) et de l'époque moderne. En littérature, Virgile deviendra également un personnage de roman, notamment dans La Mort de Virgile de l'auteur allemand Hermann Broch, qui relate les derniers jours de l'écrivain latin.

Voir aussi :

Articles connexes :

  • Recitationes
  • Dante Dans L'enfer et Le Purgatoire, Virgile guide Dante, et lui explique les mystères de ces lieux. -La Divine Comédie, Dante-

Bibliographie :

  • André Bellessort, Virgile, sa vie et son temps, Perrin, 1920
  • Robert Brasillach, Présence de Virgile
  • Gabriel Faure, Au pays de Virgile, Charpentier et Fasquelle, 1930
  • Jacques Perret, Virgile, Seuil, 1959
  • Sainte-Beuve, Étude sur Virgile, Garnier, 1857
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Liens externes :