Kurdistan

en: Kurdistande: Kurdistanit: Kurdistan
nom_françaisKurdistan
langue_1ku
nom_local_1Kurdewarî
image_drapeau
lien_drapeauDrapeau du Kurdistan
image_blason
lien_blason
image_carte
languesKurde
statutpartiellement autonome
capitale
superficie503000
population_année
population_totale25 ~ 37 millions
densité
fuseau_horaire+2 (Turquie), +3 (Syrie et Irak), +3.30 (Iran)
domaine_internet
indicatif_téléphonique
hymne
notes
Le Kurdistan (signifiant littéralement « Pays des Kurdes » ; en kurde : Kurdewarî, anciennement transcrit Koordistan, Curdistan, Kurdie) est une région géographique et culturelle d'Asie occidentale, majoritairement peuplée par les Kurdes. Cette région s'étend dans le sud-est de la Turquie, dans le nord-est de l'Irak, dans le nord-ouest de l'Iran et sur deux petites régions au nord-est et au nord-ouest de la Syrie. Sur ces quatre pays, seuls deux possèdent une région sous la dénomination de « Kurdistan » : l'Iran avec sa province du Kordestan et l'Irak avec sa région autonome du Kurdistan.

Étymologie :

La région du Kurdistan est connue par plusieurs termes apparentés au mot Kurde au cours de l'Antiquité. Les Sumériens l'appelaient Kur-a, Gutium ou encore le pays de Karda, les Élamites Kurdasu, les Akkadiens Kurtei, les Assyriens Kurti, les Babyloniens Qardu, les Grecs Carduchoi et les Romains Corduene.
 
La terminaison en -stan dans le mot Kurdistan est un suffixe utilisé par les langues iraniennes signifiant « pays de ». L'équivalent en kurde pour désigner la région est le terme Kurdewarî.
 
Une des premières apparitions du terme Kurdistan dans l'histoire est due au Sultan Sanjar. Ce roi seldjoukide crée en 1150 une province appelée Kurdistan Kendal Nezan, « La genèse du nationalisme kurde », Institut Kurde de Paris, 2000. Cette province était située entre l'Azerbaïdjan et le Lorestan; elle comprenait les régions de Hamedan, Dinavar, Kermanshah et Sinneh sur le flanc est des Zagros et s'étendait jusqu'à Kirkouk et à Khuftiyan, sur le Petit Zab Kurdistan, Encyclopaedia of Islam..

Histoire :

Antiquité :

La région montagneuse au sud et au sud-est du lac de Van, entre Perse et Mésopotamie, était en possession des Kurdes avant l'époque de Xénophon, et était connue sous le nom de « pays des Carduchi » par les Grecs (en grec ), Cardyène ou Cordyène George Rawlinson, The seven great monarchs of the ancient world, ch. 6 lire en ligne
.
 
Au maximum de leur avancée au Proche-Orient, les Romains dominèrent des régions habitées par des Kurdes, particulièrement à l'ouest et au nord de ce qui deviendra le Kurdistan. Le royaume de Corduène était par exemple vassal de l'Empire romain entre 66 av. J.-C. et 384.
 
Certains des anciens territoires correspondant au Kurdistan actuel et leurs noms modernes sont donnés ci-après J. Bell, A System of Geography. Popular and Scientific (A Physical, Political, and Statistical Account of the World and Its Various Divisions), pp.133-134, Vol.IV, Fullarton & Co., Glasgow, 1832. :
  • Corduène ou Gordyène (Siirt, Bitlis et rnak)
  • Sophène (Amed ou Diyarbakr)
  • Zabdicène ou Bezabde (Gozarto d'Qardu ou Jazirat Ibn Umar ou Cizre)
  • Basenia (Bayazid)
  • Moxoène (Mu)
  • Nephercerta (Miyafarkin)
  • Artemita (Van)

Période moderne :

Dans la seconde moitié du , le Kurdistan était divisé en quatre grandes principautés kurdes. Dans le nord, les Chaddadites, (951-1174), à l'est, les Hasanwayhides (959-1015) et les Banû Annaz (990-1116) et à l'ouest les Marwanides (990-1096) de Diyarbakir. Ces principautés sont annexées par les peuples d'Asie centrale au cours de leurs conquêtes, et intégrées aux territoires contrôlés par les seldjoukides. Le sultan Sandjar, dernier grand souverain seldjoukide, crée en 1150 une province appelée Kurdistan, dont la capitale est Bahr, près de Hamadan. Cette province est située plutôt au sud du Kurdistan puisqu'elle englobe les territoires de Sindjar et Chehrizor à l'ouest des Zagros et d'Hamadan, Dinavar et Kermanshah à l'est de cette chaîne montagneuse.
 
Quelques années après la fondation de cette province, en 1171, Saladin, issu de la dynastie des Ayyoubides, d'origine kurde, renverse les califes fatimides et prend le pouvoir avec le titre de Sultan. Le Kurdistan perd alors toute particularité et est intégré au califat, englobant l'Égypte, la Syrie, le Kurdistan et le Yémen.
 
Après les invasions turco-mongoles, le Kurdistan retrouve une partie de son autonomie, mais n'est cependant pas un territoire uni. Le territoire habité par les kurdes est morcelé en une série de petits états appelés émirats. Une histoire de ces états, de leurs relations entre eux et avec leurs voisins persans et turcs est donnée dans le Sharafnma du prince Charaf ad-Din Bitlisi, qui est considéré comme un travail historique de référence sur les kurdes. Sharafnamah, Sharaf al-Din Bitlisi, a parallel english-persian text, Tr. Mehrdad R. Izady, 250 p.
 
Les émirats étaient les suivants (liste non-exhaustive) : Baban, Soran, Badinan et Garmiyan dans ce qui est maintenant l'Iraq ; Bakran, Botan (ou Bokhtan) et Badlis en Turquie, et Mukriyan et Ardalan en Iran.

Histoire contemporaine :

En 1920, le traité de Sèvres prévoyait la création dun État kurde sur les restes de lEmpire ottoman détruit, comme pour les autres peuples de la région. Mais par le traité de Lausanne de 1923, le Moyen-Orient est divisé en plusieurs pays qui ne prennent pas en compte le droit des Kurdes à disposer de leurs terres. En effet, dune grande importance géopolitique dans la région, le Kurdistan est également riche en pétrole et en eau.
 
Le Royaume-Uni et la France se voient confier des mandats sur les nouveaux États : sur lIrak pour la première, la Syrie et le Liban pour la seconde. Les populations, notamment kurdes, ne tarderont pas à se révolter contre la nouvelle domination européenne.
 
En Turquie, la transformation kémaliste du pays se fait à partir de 1923 sur la base du dénis de l'existence d'une très forte minorité kurde en son territoire. Les Kurdes n'avaient dès lors aucun droit que d'oublier leur culture et de se fondre dans la société. Ils furent maintes fois réprimés par les forces turquesGérard Chaliand, Atlas du nouvel ordre mondial, Robert Laffont, Paris, 2003, 120..
 
Churchill, secrétaire à la Guerre au Royaume-Uni, fait raser par la Royal Air Force différents villes et villages kurdes. En 1925, une arme chimique, lypérite, est utilisée sur la ville kurde de Souleimaniye. Les deux tiers de la population sont atteints par les effets du gaz.
 
Juste après la seconde guerre mondiale, les kurdes dIran proclament une république kurde indépendante à Mahabad entre 1946 et 1947.
 
Cinquante ans plus tard, le , Saddam Hussein accorde une autonomie relative au Kurdistan, avec la « Loi pour lautonomie dans laire du Kurdistan » qui stipule notamment que « la langue kurde doit être la langue officielle pour léducation des Kurdes ». Cette loi permet aussi lélection d'un conseil législatif autonome qui contrôle son propre budget. Cependant 72 des 80 membres élus de ce conseil de la première session d'octobre 1974 ont été sélectionnés par Bagdad. En octobre 1977, la totalité du conseil est choisie par le régime.
 
Les relations avec les Kurdes dIrak se dégradent considérablement par la suite. Le , Saddam Hussein lance un raid à larme chimique sur la vallée du Balisan. Au cours de lopération « Anfal », personnes périssent dans des bombardements chimiques« La justice irakienne rend son verdict sur le massacre des Kurdes en 1988 », dans Le Monde du 24-06-2007, . En décembre 2005, une cour de La Haye a qualifié cette campagne de « génocide ». Le 24 juin 2007, le Tribunal pénal irakien a condamné Ali Hassan al Madjid, surnommé « Ali le chimique », et deux autres anciens hauts dignitaires du régime de Saddam Hussein, à la peine de mort par pendaison pour le génocide commis contre les Kurdes au cours de cette opération Anfal.
 
Au printemps 1991, à lissue de la première guerre du Golfe, Saddam Hussein réprime sévèrement les populations kurdes (ainsi que les chiites).
 
Le Kurdistan est devenu depuis le début du siècle une zone de conflit intense impliquant les différents pays limitrophes, mais aussi les États-Unis depuis le début du conflit avec lIrak en 1991. Cette situation a entraîné un accroissement de lémigration kurde vers les pays de la région ou vers lEurope. Davril à juillet 1991, la France met en place lopération « Libage », une mission humanitaire de l'armée française destinée à porter secours aux populations kurdes irakiennes qui se dirigeaient vers la Turquie.

Géographie :

Le Kurdistan est une région montagneuse et de hauts plateaux d'Asie centrale. Les estimations de la superficie du Kurdistan sont variées : lEncyclopædia Britannica cite , Jacques Leclerc parle de et l'observatoire franco-kurde de . Le territoire du Kurdistan s'étend de la Turquie à l'ouest jusqu'en Iran (golfe Persique) en passant par l'Irak et la Syrie, avec quelques îlots de peuplements kurdes en Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan, Turkménistan, Kirghizistan et Kazakhstan.
 
Les régions principales du Kurdistan se situent dans le nord de l'Irak (Kurdistan irakien), dans les monts Zagros à l'ouest de l'Iran (Kurdistan iranien), au sud-est de la Turquie ainsi qu'au nord-ouest et au nord-est de la Syrie. Les superficies des différentes parties du Kurdistan sont données par le tableau suivant :
Zones géographiques Superficie en km² Pourcentage du Kurdistan Pourcentage du pays de rattachement
Kurdistan du Nord (turc) 41,75 % 26,90 %
Kurdistan oriental (iranien) 38,77 % 11,83 %
Kurdistan du Sud (irakien) 16,5 % 18,86 %
Kurdistan occidental (syrien) 2,98 % 8,10 %
Total Kurdistan 100 %
Source : Office franco-kurde, 2001

Topographie :

Les chaînes des monts Taurus et des monts Zagros forment une sorte de colonne vertébrale du Kurdistan. Certains des sommets du Kurdistan sont très élevés : le mont Ararat culmine à , le Sipan atteint , le Nemroud Dagh et le mont Judi . Les neiges éternelles couvrent les sommets une bonne partie de l'année. La place des montagnes est telle au Kurdistan que des proverbes y font allusion.
 
C'est dans le Kurdistan que deux fleuves d'importance majeure au moyen-orient prennent leur source : le Tigre et l'Euphrate. De plus la région est parcourue de rivières qui sont des affluents de l'un ou l'autre de ces grands fleuves : le Petit Zab, le Grand Zab, le Diyala, etc. Ces rivières arrosent un certain nombre de vallées très fertiles.
 
Les forêts, malgré la destruction progressive dont elles sont l'objet, représentent toujours une superficie d'environ . Les essences principales sont : le chêne, le sapin et d'autres conifères en altitude, et les platanes, peupliers et saules dans le bas des vallées et au bord des rivières.

Climat :

Les températures annuelles moyennes au Kurdistan dépendent beaucoup de l'altitude. L'été peut être relativement chaud et humide dans les régions basses du sud, alors qu'il est frais dans les régions montagneuses. Ce contraste a été augmenté par la destruction progressive des forêts et la sur-exploitation des terres d'altitudeIzady, p. 16. Le climat dominant au Kurdistan est le climat continental, avec des influences méditerranéennes.
 
Les régions les plus froides sont situées au nord du Kurdistan, en Anatolie. Ces régions où la température annuelle moyenne est inférieure à 0°C constituent environ du territoire du Kurdistan. Les régions dont la température annuelle moyenne est entre 0 et 5°C sont situées dans le nord et le nord-ouest du Kurdistan, en Turquie, en Irak et en Iran. Ces régions représentent du territoire du Kurdistan. Le reste du Kurdistan du nord, ainsi que l'est du territoire, a des températures annuelles moyennes entre 5 et 10°C, et représente environ du Kurdistan. La zone où les températures annuelles moyennes sont comprises entre 10 et 15°C représente environ du Kurdistan, dans le sud et l'ouest du Kurdistan. La zone la plus chaude, où les températures annuelles moyennes sont comprises entre 15 et 20°C, est située à l'ouest du Kurdistan (Syrie et centre-ouest du Kurdistan irakien).
 
Les précipitations ont lieu de novembre à avril. Les chutes de neige sont importantes sur les massifs montagneux (la neige est présente pendant sept mois de l'année dans les régions les plus froides). Dans les régions chaudes au sud et à l'ouest, ces précipitations ont lieu sous forme de pluie.

Géographie humaine :

La géographie humaine du Kurdistan est liée à l'histoire de la région. En effet, l'opposition entre l'empire Byzantin et les territoires musulmans a partagé le Kurdistan en deux parties au Moyen-âge : l'une sous influence byzantine, et l'autre sous influence musulmane. Par la suite, les frontières tracées par les Ottomans et les Persans au divisent elles aussi le Kurdistan. Ces divisions sont encore existantes aujourd'huiIzady, p.8. On peut subdiviser le Kurdistan en 5 régions, divisions faites sur des bases historiques, socio-économiques, culturelles et politiques :
  • le Kurdistan méridional, historiquement centré autour de Kermanshah
  • le Kurdistan central, centré sur Arbil
  • le Kurdistan oriental, centré sur Mahabad
  • le Kurdistan septentrional, centré sur Bayazid
  • le Kurdistan occidental, centré sur Diyarbakir.

 
Le Kurdistan méridional est aujourd'hui la dernière région où est parlé le dialecte Gurani. Le Kurmanci n'est parlé que par une petite minorité. C'est aussi un centre majeur pour la religion appelée Yârsânisme. Cette région est urbanisée, et ses habitants sont cosmopolites ; en effet, la région a fortement été en contact avec les Persans depuis 5 siècles.
 
Le Kurdistan oriental était lié au Kurdistan du sud jusqu'à récemment. Le Kurmanci du sud est maintenant la seule langue parlée dans cette région, et l'islam sunnite est la religion dominante. Une opposition assez forte existe entre la population urbaine (Sanandaj, Bijar, Marivan), assez ouverte, et la population des campagnes, encore fortement marquée par le nomadisme et le pastoralisme, qui est plutôt conservatrice.
 
Le Kurdistan central a historiquement toujours été tourné vers la Mésopotamie. Son territoire est le moins montagneux et le plus chaud de tout le Kurdistan. Cette région est elle-aussi plutôt urbaine et très liée à celle du Kurdistan méridional, puisque les deux régions ne faisaient qu'une seule avant la division opérée entre les Ottomans et les Persans. Même si l'islam sunnite est minoritaire, l'islam chiite, le Yârsânisme, l'Alévisme, le Yézidisme, le christianisme et le Judaïsme sont présents dans la régionIzady, p.11. Tous les dialectes du Kurde sont parlés dans cette région, créant ainsi des liens entre cette région centrale et toutes les autres régions du Kurdistan.
 
Le Kurdistan occidental est physiquement isolé du reste du Kurdistan par les montagnes et le territoire peu hospitalier qui sépare le kurdistan occidental du Kurdistan du nord. Cette région est historiquement tournée vers le monde méditerranéen. Les locuteurs des dialectes Kurmanci du nord et Dimili sont également répartis, et les pratiques religieuses se divisent également entre les sunnites et les alévis.
 
Le Kurdistan septentrional est la région la plus inhospitalière du Kurdistan, autour du Lac de Van qui recouvre une grande partie de l'Arménie historique. En effet, cette région n'a été habitée par des kurdes que depuis la Première Guerre mondiale. Les habitants de cette région sont centrés sur eux-mêmes et ont un fort sentiment tribal. La région, qui était au Moyen-âge une région importante par son agriculture et ses centres urbains à vocation commerciale, a été dévastée par cinq siècles de combats. Elle est aujourd'hui la moins développée en matière économique et technologique de tout le Kurdistan.
 
Les Kurdes sont aussi présents en nombre au Khorasan, dans l'est de l'Iran, à la suite de déportations menées par les souverains Safavides entre le et le . Cette enclave kurde s'étend jusqu'au Turkménistan, à proximité de sa capitale Achgabat.

Géographie politique :

Le Kurdistan turc est majoritairement représenté par le DTP (Parti de la société démocratique) et l'AKP, parti au pouvoir. Depuis l'élection législative de 2007, le DTP compte pour la première fois une vingtaine de députés au Parlement contre 45 pour l'AKPSite l'assemblée nationale turque http://www.tbmm.gov.tr/develop/owa/milletvekillerimiz_sd.liste. Jusque là, les seuls quatre députés kurdes qui avaient été élus en 1991 avaient tous finis en prison avant la fin de leur mandatGuillaume Perrier, « En Turquie, la victoire électorale de l'AKP renforce M. Erdogan » dans Le Monde, 23 juillet 2007.. Les maires et députés DTP exercent leurs fonctions difficilement car ils sont souvent la cible du parti au pouvoir, l'AKP , des milieux extrémistes turcs, de la presse et surtout de l'armée turqueMarie Antide, « Turquie: pourquoi le parti kurde DTP est menacé dinterdiction » sur Rue89, 25 novembre 2007, .Olivier Piot, « Comment Ankara étouffe lopposition kurde » dans Le Monde diplomatique, janvier 2008, ..
 
Le Kurdistan iranien regroupe les provinces du Kordestan, et la plus grande partie du territoire des provinces d'Azerbaïdjan occidental, de Kermanshah et d'Ilam.
 
Le Kurdistan irakien est la seule entité au sein du Kurdistan qui a réussi à atteindre une certaine autonomie. Le Kurdistan irakien est divisé en 6 gouvernorats, dont plus de la moitié est sous contrôle du Gouvernement régional kurdeConstitution irakienne, article 113, alinéa 1. Le Kurdistan syrien est situé au nord et au nord-est du pays, couvrant une partie de la province d'Al Hasakah ; les régions kurdes étant groupées autour des villes d'Al-Qamishli (ou Qamilû en kurde) et d'Al Hasakah (ou Hesakah en kurde). Les régions kurdes en Syrie sont appelées Kurdistana Binxetê en kurde Syria, World Factbook, CIA.
 

Démographie :

La partie irakienne du Kurdistan est peuplée par 4 à 5 millions de Kurdes et la partie syrienne par environ 2 millions. La partie turque, la plus importante, serait peuplée par 13 à 20 millions de Kurdes selon les sources Bernard Dorin (préf. Gérard Chaliand), Les Kurdes. Destin héroïque, destin tragique, Lignes de repère, 2005 .. En Iran, les Kurdes représentent de la population , et sont principalement concentrés au nord-ouest du pays.
 
Autres communautés en dehors du Kurdistan :
  • L'exode rural et un nomadisme saisonnier touchent les populations kurdes du Kurdistan à cause des conflits dans leur région.
  • Des Kurdes sont également présents en Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan, et au nord-est de l'Iran.
  • Un million de Kurdes auraient émigré en Europe«Plus dun million de Kurdes vivent en Europe occidentale» http://assembly.coe.int/Mainf.asp?link=/Documents/AdoptedText/ta06/FRES1519.htm - Conseil de l'Europe.
  • D'autres communautés kurdes sont également présentes aux États-Unis, au Canada et en Australie.

Le nationalisme kurde :

Le nationalisme kurde existe et reste vivace. Les revendications à l'autonomie des Kurdes ont été modelées par l'histoire du Kurdistan et des Kurdes. C'est seulement après la Première Guerre mondiale que prend forme l'idée d'un grand Kurdistan indépendant, et les moyens pour atteindre cet objectif oscilleront par la suite entre la diplomatie et l'insurrectionBois, p. 145.

En Turquie :

À la création de la République turque en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk, les autorités interdisent la langue et les noms de famille kurdes. Parler la langue kurde est un acte interdit. Le mot « kurde » lui-même est interdit et les Kurdes sont désignés par l'expression « Turcs des montagnes » par des politiciens. Thomas Bois, Connaissance des Kurdes, Khayats, Beyrouth, 1965 .. Face à cette négation du fait kurde et de l'identité kurde, les Kurdes se sont soulevés à plusieurs reprises. Les soulèvements ont été violemment réprimés par l'armée turque.
 
Le dernier soulèvement en date contre la Turquie est le fait du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ce soulèvement qui prend la forme d'une guérilla débute en 1984. Depuis l'arrestation et la condamnation de prison à perpétuité du chef du PKK, Abdullah Öcalan, surnommé Apo par les kurdes signifiant oncle, en 1999 au Kenya, les affrontements ont diminué d'intensité, avec notamment le repli des troupes du PKK vers le Kurdistan de l'Est (ou Kurdistan iranien) et le Kurdistan du Sud (Kurdistan irakien). Au total, la guerre a fait plus de morts dans la région« Le Kurdistan turc secoué par de violentes émeutes », Le Monde, ..
 
La transformation du PKK en Congrès pour la liberté et la démocratie au Kurdistan et l'arrêt de la lutte armée sont parallèles au processus de démocratisation enclenché en Turquie dans le but d'adhérer à l'Union européenne. Bien que l'état d'urgence ait été levé au Kurdistan, la situation des Kurdes n'a pas beaucoup évolué. De nombreux dirigeants kurdes sont en prison et les milliers de déplacés lors de la répression des années 1990 ne sont pas autorisés à regagner leurs villages. Les assassinats politiques et les exécutions sommaires de militants ou de civils kurdes se poursuivent. L'existence du peuple kurde n'est toujours pas reconnue par la Constitution turque. En effet, la loi turque prévoit simplement l'enseignement des « dialectes » turcs en cours privé du soir pour adultes.
 
Selon les autorités turques, il y aurait environ 12 millions de kurdes dans toute la Turquie. Selon d'autres sources, les Kurdes de Turquie constituent la moitié des Kurdes du Moyen-Orient, soit près de 20 millions d'individus.

En Irak :

Les Kurdes ont connu des massacres et des crimes de masse (par exemple la répression après le traité d'Alger et Halabja morts en seulement quelques minutes). Mais c'est aussi dans ce même Irak de Hussein que la langue kurde est officialisée et la région du Kurdistan irakien accéde à l'autonomie, en d'autres termes la survie de la nation kurde et l'augmentation croissante d'une manière générale d'une conscience nationale chez les Kurdes (de Turquie, d'Iran et de Syrie) sont dues en partie au Kurdistan du Sud.
  • Le régime de Saddam Hussein a commis de nombreux massacres parmi les Kurdes d'Irak (certaines estimations avancent le chiffre d'un million de morts sur les 5 millions de kurdes), essentiellement dans le nord du pays. La coalition américano-britannique a trouvé 259 charniers contenant quelque corps de personnes exécutées par le régime baasiste. Le 13 décembre 2004 a été découverte une fosse contenant près de 500 cadavres, dont ceux de femmes et d'enfants, dans les environs de Souleimaniye.
  • En 1988, Hussein utilise des armes chimiques contre la ville d'Halabja dont beaucoup de victimes étaient des femmes et des enfants.
  • Après avoir été victimes de répressions par le régime baassiste, les Kurdes obtiennent une autonomie de fait lors de la Guerre du Golfe de 1991 sur une faible partie de leurs terres originelles. En mars 1991, une insurrection renverse le régime baasiste. Durant trois semaines, la région est dirigée par des conseils ouvriers (chouras) de districts et d'usine, dans lesquels les communistes jouent un rôle important. À l'annonce du retour des troupes irakiennes, la population des villes s'enfuit dans les montagnes, facilitant la reprise du pouvoir par les peshmergas (PDK et UPK). Les conseils ouvriers sont progressivement repris en main, puis dissous.

 
Deux régions autonomes se constituent alors en un état fédéré en août 1992 grâce à la protection aérienne des États-Unis et du Royaume-Uni :
  • La première autour d'Erbil est dirigée par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK). Ce parti est actuellement dirigé par Massoud Barzani.
  • La seconde région, voisine au sud, est sous la direction de l'Union patriotique du Kurdistan et a pour ville principale, Souleimaniye. L'Union est dirigée par Jalal Talabani.

 
Suite au renversement du régime de Saddam Hussein par une coalition d'États conduite par les États-Unis d'Amérique, des élections ont lieu sur l'ensemble du territoire irakien. Les votes dans le nord de l'Irak vont à plus de à la coalition formée par les deux grands partis kurdes en Irak. Le kurde Jalal Talabani est devenu le premier président de l'Irak post-Hussein. Un accord d'unification entre les deux administrations est signé le 16 janvier 2006. Ensuite, le 7 mai 2006 un Gouvernement régional du Kurdistan est inauguré. Il a pour Premier ministre Nechirvan Idris Barzani. En vertu de la constitution iraquienne, ce gouvernement a une autonomie législative sur son territoire au niveau de certaines compétences qui lui sont accordées au sein d'un Irak fédéral.
 
Les deux plus grandes villes du Kurdistan irakien de Mossoul et Kirkouk, à forte population kurde, sont cependant laissées en dehors de cet « État fédéré », jusqu'à ce qu'un recensement et des élections soient organisés par le gouvernement Irakien. Les populations des tribus arabes sunnites implantées par Saddam Hussein s'inquiètent depuis 2003 d'être obligées de rendre les terres aux Kurdes et de voir leurs villes incluses dans un Kurdistan autonome.
 
Les autorités turques sont très réticentes à voir le Kurdistan irakien trop indépendant car elles craignent les réactions des indépendantistes kurdes de Turquie. Ainsi, elles entretienent un contre-feu en soutenant la minorité turcomane du nord de l'Irak.
 
Depuis 2005, la région du Kurdistan irakien est devenu une terre d'accueil pour des irakiens fuyant la violence. Actuellement, l'Irak est le seul pays dans lequel une autonomie a été acquise par les Kurdes.

En Iran :

En Iran, les régions kurdes de l'Ouest et du Nord-est sont surveillées par l'armée et des Kurdes sont en prison pour des raisons politiques. Cependant, la langue kurde est officiellement reconnue et au Parlement siègent des députés kurdes. Contrairement à la Turquie, il n'existe pas de phobie à l'égard des mots kurdes et du Kurdistan. Pour exemple, les journaux peuvent publier en langue Kurde, écrite avec l'alphabet arabo-persan. Il existe une région iranienne portant le nom de Kurdistan (Kordestan en persan). La ville de Mahabad fut la capitale de la République de Mahabad en 1946.

En Syrie :

La partie syrienne du Kurdistan est sous contrôle de l'armée et il est à signaler que pour la première fois des soulèvements très importants se sont produits en 2004 et 2005 qui ont donné lieu à de lourds affrontements, avec la police et les forces armées syriennes, durement réprimés. La situation des Kurdes du Kurdistan syrien est sans aucun doute la pire par rapport aux autres parties du Kurdistan, puisque même la nationalité syrienne est encore refusée à près de Kurdes syriens, ceci étant une politique délibérée de ségrégation à l'égard des Kurdes par le régime syrien.

En exil :

Depuis 1995 un parlement en exil a été mis en place. Yasar Kaya a été élu président du parlement kurde en exil le .

Annexes :

Notes et références :

Sources :

  • Mehrdad R. Izady, The Kurds - A Concise Handbook, Crane Russak, Washington, 1992, 268 p. lire en ligne
  • Thomas Bois, Connaissance des Kurdes, Khayats, Beyrouth, 1965 lire en ligne
  • Kurdes et Kurdistan, Encyclopédie de l'Islam, Leiden, E. J. Brill
  • Kelly L. Maglaughlin et Lokman I. Meho, Kurdish Culture and Society- An Annotated Bibliography, Greenwood press, Westport, 2001, 365 p. M1 lire en ligne
  • Les Kurdes et le Kurdistan : la question nationale kurde au Proche-Orient, G. Chaliand (dir) Maspero, 1981.
  • L'aménagement linguistique dans le monde
  • Alternatives

Voir aussi :

Articles connexes :

  • Kurdes
  • Langue kurde
  • Institut kurde de Paris
  • Littérature kurde
  • Peshmergas : combattants kurdes (1890)
  • Asayesh: service de renseignement
  • Anfal : le génocide kurde

Liens externes :

Bibliographie :

  • William Eagleton Jr., La République kurde, Éditions Complexe, 1991, 321 p. .
  • Sabri Cigerli (préf. Jack Lang), Les kurdes et leur histoire, l'Harmattan, 1999, 194 p. .
  • Sabri Cigerli (préf. Jean-Marie Demaldent), Les réfugiés kurdes d'Irak en Turquie : Gaz, Exode, Camps, l'Harmattan, 1998, 320 p.
  • Sabri Cigerli et Didier Le Saout, Öcalan et le PKK : les mutations de la question Kurde, Maisonneuve & Larose, 2005, 422 p. .
  • La géographie politique du Kurdistan, Carl Dahlman, 2002
  • Basile Nikitine, Les Kurdes, Introuvable, 1975 .
  • Christian More, Les Kurdes aujourd'hui : mouvement national et partis politiques, l'Harmattan, 1984, 310 p.
  • Human Rights Watch, Génocide en Irak : la campagne d'Anfal contre les Kurdes, Karthala, coll. « Homme et Société : Sciences économiques et politiques » 2003, 405 p. .
  • Chris Kutschera (dir.) (préf. Bernard Kouchner), Le Livre noir de Saddam Hussein, Oh ! éditions, 2005, 700 p. .
  • François Balsan, Les surprises du Kurdistan, Coll. Voyages et Aventures, Paris, J. Susse, 1944.